L'addictologie au travail

 

Par Guillaume Gourvil, psychologue du réseau Ma Vie en Mieux

L’addiction au travail concerne toute personne souffrant dans son estime de soi, et espérant trouver dans le travail les preuves de sa valeur et les gratifications qu’elle ne trouve pas dans sa vie personnelle. Elle se fuit elle-même, mais également sa vie de couple et sa vie de famille : pendant qu’on focalise son attention sur ce qu’on doit faire, on ne se demande pas ce qu’on a envie de faire.

 

 

 

Pendant leur vie active, les workaddicts, ou workaholics, font de leur travail leur unique priorité de vie. Ils y pensent avant, pendant, et même après. Ils prennent peu de jours de repos, emportent systématiquement du travail avec eux de peur de s’ennuyer ou culpabiliser. Le soir et le week-end, ils continuent de regarder leurs mails professionnels à la maison, traitent ce qui n’a pas pu être fait, et ne pourra sûrement pas être fait, tant ils croulent sous les tâches qu’ils ne refusent jamais.

Bien vus de leur hiérarchie pour leur disponibilité, leurs relations peuvent être plus tendues avec leurs collègues, qu’ils perçoivent souvent comme des incapables ou des rivaux potentiels. Ils refusent systématiquement de déléguer : soit l’autre fera moins bien, ce qui confortera notre travailleur dans l’idée qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, soit pire, l’autre fera au moins aussi bien, heurtant l’intégrité narcissique du wordaddict et son besoin de se croire indispensable.

Comme pour toutes les dépendances, le risque de déplacement existe. Une fois à la retraite, certains passent leurs journées sur leur ordinateur pour tromper leur ennui, à jouer au Solitaire. Parfois, un problème d’alcool apparaît ou s’amplifie. D’autres se lancent dans le bénévolat, quand ils ne continuent pas purement et simplement à travailler en se mettant à leur compte.

 

La première des difficultés consiste à faire prendre conscience à la personne qu’elle est dépendante. Ce n’est pas évident car ce comportement paraît rationnel devant la précarité actuelle de l’emploi et est même valorisé : n’oublions pas que le travail, c’est la santé !

Il faut commencer par réintroduire des limites strictes en rappelant qu’il y a un temps pour tout : un temps pour travailler, un temps pour s’amuser, mais aussi un temps pour manger ou dormir, etc. L’heure c’est l’heure, aussi bien pour le début que pour la fin de la journée de travail. Ensuite, on peut mettre en place des stratégies pour optimiser une efficacité qui est souvent mise à mal car la personne a peu à peu perdu sa capacité à hiérarchiser les problèmes.

Cela prend du temps, et la rechute est toujours possible, mais les enjeux personnels et professionnels justifient souvent une telle démarche.

 

Guillaume Gourvil - Psychologue du réseau Ma Vie en Mieux

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